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“On a besoin de l’élevage”

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Et mon cul, c’est du tofu ?

Cet article de Reporterre fera bondir de joie ceux que les dernières études de l’OMS et l’ouragan médiatique associé avaient fait pâlir. Mais hormis justifier la consommation de viande, il ne met pas en lumière grand chose, si ce n’est que certains élevages sont moins horribles que d’autres. Quel scoop !

Tout d’abord, il est vraiment bêtifiant de réduire le sujet à “manger ou pas de la viande”. S’il est clair que la consommation excessive de viande est terriblement mauvaise pour la santé et l’environnement, on peut bien entendu supporter un certain nombre de pratiques de vie toxiques et bien se porter. La question n’est pas tant “Oui ou non ?” que “A quel point, de quelle façon ?”.

A mon sens le végétarisme et le véganisme ne sont pas des réponses absolues aux problématiques rencontrées, ils sont des réponses pragmatiques liées à la situation globale. Refuser la viande et les produits d’élevage contrebalance les excès des autres et est lié à la réalité concrète du marché.

D’un point de vue purement éthique, je ne supporte pas l’exploitation animale comme je ne supporte pas l’exploitation salariale. Beaucoup de vegan, c’est vrai, refusent les produits animaux par anti-spécisme et dégoût de la souffrance inutile (puisqu’on peut manger autrement). Voir à ce sujet : http://lesquestionscomposent.fr/les-animaux-dabord/

Mais on peut imaginer que ceux qui veulent manger de la viande à tout prix le fassent, une fois de temps en temps, issue d’une ferme exemplaire de type permacole où la relation à l’animale visée est l’égalité. Soyons honnêtes, c’est un projet utopique. Offrir à l’animal dont on mange la chair ou la “production” de lait ou d’œufs, sans ôter la vie prématurément ni faire souffrir, je demande à voir.

On m’a argumenté, et c’est vrai, que même dans la vie sauvage, un animal mourrait rarement de vieillesse.

Cela dit dans l'élevage c'est mathématique : privation de liberté, abattage automatique dès le plus jeune âge. Pour les vaches laitières, insémination dès que possible, veau retiré à sa mère, et on recommence jusqu'à l'épuisement. Pour les poules fécondées, transformation systématique du poussin mâle en nuggets.

C'est le coté “rationalisé” qui me semble extrêmement malsain, comme dans le travail, sauf que là on parle pas seulement d'un esclavage à travers le salariat, mais carrément d'une vie totalement dévouée à l'enrichissement de ses bourreaux.

Les régimes cités plus haut sont donc une solution pragmatique pour boycotter cette organisation capitaliste, car les exploitations idylliques n’existent pas ou quasiment pas. Seules quelques personnes vivant à proximité d’un permaculteur irréprochable, éventuellement, peuvent profiter de cela. Par exemple, des personnes possédant une ferme vivrière dont on tue seulement occasionnellement un canard, une poule ou un mouton pour en contrôler le nombre. L’aspect vivrier est non capitaliste. C’est par définition là pour “vivre” et non pour engendrer un profit sur un marché en compétition.

Pour ceux que la souffrance institutionnalisée dégoûte, et qui veulent la libération animale, un petit élevage en plein air reste un nid à souffrance. Un éleveur conventionnel, même en bio, même avec seulement 50 bêtes, n’aime pas les animaux. Il les utilise pour gagner sa croûte : il les tue, tue leurs petits, les vend.

“Ici c’est pas Brigitte Bardot”, la phrase véridique d’un petit éleveur bio et roots d’Ariège, une fois alcoolisé. Et c’est une évidence. On n’est pas éleveur sans exploitation animale dans un marché capitaliste.

On tue pour vendre, on tue pour rembourser les investissements, on tue pour se développer. Et puis on veut “travailler avec les animaux” parce que c’est toujours plus sympa d’être le tortionnaire de bêtes à la montagne que d’être torturé par un patron en ville.

Alors, que les animaux qu’on a domestiqués soient nécessaires pour dessiner nos paysages, sans doute. Alors pourquoi ne pas simplement les laisser paître ou les guider comme certains le font dans des villages pour éviter d’utiliser des méthodes mécaniques ?

Les viandards n’ont pas fini de trouver des justificatifs au non changement. Et cet article de Reporterre aura bien convaincu quelques gogos qu’en achetant à la Biocoop leur steak quotidien, ils auront été responsables et éthiques.

Sans que je veuille moi-même manger de la viande, quelles que soient les conditions, je peux comprendre que cela reste un choix dans une certaine mesure et par rapport aux règles de la vie. On peut choisir de ne pas tuer d'animaux pour se nourrir, mais ça n'empêchera pas les animaux de mourir et la vie de continuer.

Encore une fois, c'est le contexte capitaliste que suppose toute ferme “commerciale” (et donc même bio) qui endurcit une réalité qui n'avait pas vraiment besoin de ça.

Je pense réellement que la coopération reste la plus belle forme de rapports entre les êtres sur terre, et le capitalisme est la pire forme d'organisation humaine à ce titre, puisqu'elle pousse les rapports de domination à l'extrême.

  1. cramazouk posted this